« Les stratégies absurdes » Maya Beauvallet.

Les stratégies Absurdes

Et si la rémunération à la performance nuisait à la performance ?

« Comment faire pire en croyant faire mieux. »

« Un club de football met à l’amende un de ses joueurs au motif qu’il rend trop souvent la balle à l’adversaire. Résultat : il ne la passe plus à personne. Un patron décide d’organiser la compétition permanente entre ses salariés. Résultat : une partie d’entre eux commence à saboter le travail de leurs collègues. »

Comment des personnes à qui l’on a fixé un objectif clair, mesurable, finissent-elles par l’atteindre tout en nuisant au but initial ?

C’est à cette analyse que se livre Maya Beauvallet, maître de conférence en économie à Télécom ParisTech, qui dénonce exemple après exemple, une certaine idéologie du management qui, souhaitant rationaliser la mesure de la performance des salariés en oublie la nature humaine. Au final on aboutit à des effets inattendus voire contre-productifs.

L’idéologie managériale en plein essor ces dernières années voue un quasi culte aux indicateurs de performance, chiffrables, objectifs, indiscutables dont l’atteinte serait récompensée par une incitation financière.

« (…) Parce que le travail suppose un effort, chacun y serait spontanément réticent. Il faudrait donc en permanence le mesurer, le contrôler, le noter et, comme les temps ne sont plus à la contrainte et à la discipline, l’encourager au moyen d’incitations financières, le récompenser. Tel serait le prix à payer pour empêcher les salariés de glisser dans une oisive et douce torpeur où leur nature risque de les reconduire à tout moment. En somme, l’activité humaine ne trouverait sa motivation principale ni en elle-même ni dans les contraintes, mais dans l’appât du gain ou son envers, la peur de perdre. »

Cette vision comporte une première erreur, celle de jouer sur la motivation extrinsèque (l’argent), au détriment de la motivation intrinsèque (valeurs morales, finalité du travail) . En pensant motiver par l’attribution de prime ou de sanction financière l’objectif final est souvent dévoyé ou pire la motivation initiale laisse place à la démotivation.

Une crèche israélienne souhaitant réduire le retard des parents, met en place une sanction financière.

« Que se passe-t-il ? Après l’introduction de l’amende, le nombre de parents arrivant en retard a… augmenté, et ce de manière régulière ».

La raison : la valeur morale liée au respect des horaires et du personnel venait d’être remplacée par une sanction qu’un arbitrage purement économique permettait de considérer comme « rentable ».

La seconde erreur s’ajoutant à la première est la définition d’indicateurs imprécis et facilement contournables. Si nous avons pu voir que l’incitation financière nuisait à la créativité pour la résolution d’un problème, elle favorise au contraire le développement de stratégies permettant l’amélioration des résultats apparents.

C’est ce qu’illustre la savoureuse description de « l’effet salami »  : on améliore l’indicateur en oubliant l’objectif initialement poursuivi.

« Imaginez une entreprise de charcuterie spécialisée dans la confection du salami prédécoupé. Soucieux d’augmenter sa production, le manager prend l’initiative de créer un indicateur de performance fondé – quoi de plus logique ? – sur le nombre de tranches de salami qui sortent chaque jour de son usine. Les salariés comprennent très vite le message : plutôt que de produire davantage de salami au poids, ils découpent des tranches de plus en plus fines. »

« (…) son indicateur s’améliore rapidement. La consommation, elle, n’a pas augmenté et le profit de l’entreprise non plus ».


Ce ne sont ici que deux des cas illustrant les limites d’un tel fonctionnement.

Les exemples de stratégies absurdes décrits par Maya Beauvallet sont nombreux et remarquablement analysés en 12 chapitres, dont la conclusion pourrait être que les êtres humains sont plus intelligents que les indicateurs et trouveront toujours moyens de contourner ces derniers.


Avis

Après avoir présenté « La vérité sur ce qui nous motive » de Daniel Pink, où il alertait sur les faiblesses de la motivation basée sur l’incitation financière, il paraissait indispensable de parler de l’essai de Maya Beauvallet « Les stratégies absurdes ». Cet essai de 147 pages permet d’approfondir les écueils d’un management uniquement basé sur la motivation extrinsèque, tout en alertant sur les danger d’un gestion de l’humain par indicateurs.

Les stratégies absurdes : Comment faire pire en croyant faire mieux (Poche)
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Les stratégies absurdes, Editions Points


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Commentaires

    "Les stratégies absurdes" Maya...

    (22 décembre 2013 - 16 h 18 min)

    […] "Et si la rémunération à la performance nuisait à la performance ? Comment des personnes à qui l'on a fixé un objectif clair, mesurable, finissent-elles par l'atteindre tout en nuisant au but initial ?"A lire, à méditer avant les entretiens annuels et leur lots d'indicateurs SMART.  […]

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