Le silence des cadres – Enquête sur un malaise (Denis Monneuse).

LeSilenceDesCadres« Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ouvrir ça démissionne ». Cette célèbre sentence de Jean Pierre Chevenement doit elle également s’appliquer aux cadres ?

C’est l’une des questions posée par Denis Monneuse dans “Le silence des cadres – Enquête sur un malaise”.

Sociologue, chercheur associé à l’IAE de Paris également Directeur d’un cabinet conseil pour DRH et managers, Denis Monneuse a été récompensé pour cet ouvrage du « Prix du stylo d’or 2014 ».

Au gré des nombreux entretiens qu’il a menés, il a pu constater et analyser le malaise des cadres, question peu étudiée, qui a entre autres particularités d’être silencieux .

« Certes, ils ne sont pas les plus à plaindre dans la société française actuelle, leurs difficultés peuvent passer pour des « problèmes de riches ». Mais, derrière leur silence, ne se cache-t-il pas de la souffrance ? »

La souffrance des cadres n’est pas un phénomène nouveau.

Le brsilencedescadres250ef retour historique de l’auteur est là pour nous le rappeler. Cependant ces dernières années cette question semble prendre de l’ampleur et se propager telle une pandémie.

C’est donc à la manière d’un épidémiologiste, que Denis Monneuse plonge aux origines du mal, en analyse ensuite les différentes manifestations et délivre enfin ses préconisations en guise de traitement ou de prévention.

Des causes multiples.

De même qu’il n’est pas aisé de définir clairement ce qu’est un cadre (en particulier la différence entre le cadre dit technique et le manager), il est tout aussi difficile d’identifier une source unique au malaise.

Le statut en lui même n’est plus synonyme de réussite et ne suscite plus le même intérêt qu’auparavant. Celà s’explique en partie par la forte augmentation du nombre de personnes entrant dans la catégorie des cadres.

Ensuite le cadre n’a plus au sein de l’entreprise la même autonomie, le même pouvoir. Autrefois détenteur d’une forte capacité de décision il devient peu à peu un simple exécutant assigné à des tâches de supervision et de reporting.

L’évolution des entreprises, les contraintes de rentabilité à court terme modifient les valeurs et exigent ou conduisent de plus en plus vers un management déshumanisé. Les cadres sont alors exposés à un conflit de valeurs, à la perte du sens de leur activité.

Un malaise identitaire lié à l’effritement de la reconnaissance externe de cette identité professionnelle,

Un sentiment d’inéquité lié à un manque de reconnaissance interne,

Un mal-être lié à un sens du travail diffus ou absent et/ou à des difficultés au travail jugées insurmontables”

Réactions, symptômes et complications.

Face à ces difficultés, perte de sens, de reconnaissance les réactions peuvent prendre différentes formes.

L’une des réussites de l’ouvrage repose sur une trouvaille de l’auteur : présenter les réactions selon la typologie d’Albert Hirschman auteur de « Exit Voice & Loyalty ». Pour Hirschman face à l’insatisfaction liée à la dégradation d’un service, le consommateur par exemple, a trois types de comportements : l’Exit, la Voice, ou la Loyalty. C’est ce parallèle qu’utilise Denis Monneuse pour illustrer les réactions des cadres face à la dégradation de leur statut.

L’ ”Exit”, c’est à dire la défection, la sortie. Il s’agit d’une réaction silencieuse. (…) Un salarié peut décider de quitter son entreprise.

C’est la stratégie de fuite, d’abandon réel ou moral. Elle conduit parfois à la démission, le plus souvent au désengagement avec un déport de ses centres d’intérêts vers des activités externes à son entreprises ou dans des cas plus graves au burn-out suicide.

La “Voice”, c’est à dire la protestation ou, plus largement, la prise de parole. (…) Un salarié peut prendre la parole pour exprimer son insatisfaction et éventuellement entrer en conflit avec son employeur.

Il s’agit ici d’une réaction de protestation qui consiste à exprimer son désaccord son opposition sous diverses formes. C’est la stratégie la plus rare chez les cadres qui manifestent rarement et grèvent encore plus rarement.

La “Loyalty”, c’est à dire la fidélité et l’attachement. (…) Un salarié peut garder le silence et rester fidèle à son implication au travail.

 C’est la majorité silencieuse. Celle qui souffre, parfois se soumet sans mot dire, parce qu’un chef ça ne se plaint pas. L’analyse et les témoignages rendent plus clair l’expression de la souffrance de cette catégorie pour qui l’attachement moral à l’entreprise, une forme de pudeur liée à son statut et parfois de la crainte conduisent à se taire.

Le malaise n’en est pas pour autant moins présent, comme l’illustre l’expression de ce cadre s’estimant « Mi pute – mi soumis ».

Si le malaise des cadres se différencie des autres catégories professionnelles par les caractéristiques que nous venons de voir, il débouche aussi sur des dépressions, burn-out, stress, maladie et autres impacts néfastes sur la vie personnelle.

Traitements et prévention .

Au delà des constats Denis Monneuse propose des pistes d’amélioration, parfois innovantes, qui devraient permettre de redonner aux cadres leur véritable place en entreprise et par là même améliorer leurs conditions de travail. Reprenant entre autres le concept de Vineet Nayar dans « Les employés d’abord, les clients ensuite », il préconise de remettre les cadres au centre de l’entreprise, de mieux les former, les accompagner.

Il y a donc urgence. Parce que le coût du silence des cadres pour l’entreprise c’est aussi le désinvestissement de ces derniers.


Aperçu Produit Evaluation Prix
Le silence des cadres - Enquête sur un malaise Le silence des cadres - Enquête sur un malaise 20,00 EUR

Avis

Abordant la question du malaise des cadre à la fois sous l’aspect historique sociologique et psychologique, cet ouvrage est un outil essentiel pour qui veut en comprendre les caractéristiques.
Particulièrement bien écrit et documenté, il s’adresse à la fois aux cadres eux mêmes qui se retrouveront certainement dans les nombreuses illustrations, aux DRH pour mieux appréhender les nombreux non-dits et pourquoi pas aux politiques pour faire évoluer les choses.


 

Un commentaire

  1. Je n’ai pas (encore) lu cet ouvrage (que je viens d’acheter) mais j’y retrouve déjà la fuite dans l’exit, l’affrontement dans la voice et l’intégration dans la loyalty. Autrement dit ce que le Professeur Laborit expliquait sur le comportement humain dans le film d’Alain Resnay, Mon oncle d’Amérique : face à une situation injustement problématique (ou une accumulation de contrariés) trois « solutions » existent : fuir, affronter, intégrer. Les trois sont risquées, voire dangereuses.
    Trente ans plus tard c’est la financiarisation des entreprises qui conduit à maltraiter les salariés, y compris les cadres. Par exemple en ne les formant pas à la Conduite des hommes. Dommage car la qualité du management réduit la souffrance au travail et améliore les résultats.

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Le silence des cadres – Enquête sur un malaise (Denis Monneuse).

par Verbiage Temps de lecture : 4 min